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Courrier – A la Source de ‘Pierre du Paradis’

Sur les contreforts de l’Himalaya, des dizaines de milliers d’hommes et de femmes triment dans des mine; a ciel ouvert pour trouver de precieux morceaux de jadeite. Leur salaire : une dose d’heroine quotidienne.

Deux fois par an, a Hongkong, on peut assister, dans l’un des luxueux salons du Marriott Hotel, a une extraordinaire vente aux encheres organisee par Christie’s. Les encheres y atteignent des niveaux extremement eleves. Mais il ne s’agit pas de tableaux de Monet ou de Van Gogh, ni meme de diamants ou de rubis. Ce que l’on s’arrache ici, ce sont des morceaux de jadeite, une variete de jade de couleur vert bouteille qui passe pour la pierre la plus precieuse du monde. Ce silicate naturel d’aluminium et de sodium est particulierement revere en Orient, ou on le qualifie de ‘pierre du paradis”. D’ou viennent ces pierres ? Personne ne le precise jamais au cours des ventes. On sait qu’elles viennent du Myanmar, mais sans plus de details. Or, nous sommes en mesure de reveler qu’elles proviennent de mines a ciel ouvert, isolees dans les jungles du nord du pays, ou triment des dizaines de milliers de travailleurs sous la garde vigilante de 10 000 soldats. Ces lieux de malheur ravages par la maladie, ou nous avons pu sejourner apres beaucoup de difficultes et de ruses, offrent une vision medievale de l’enfer.

Les premieres informations que nous avions recueillies etaient tres confuses. Des Birmans refugies dans des camps le long de la frontiere thailandaise nous avaient raconte il y a trois ans que les soldats birmans rasaient de grandes portions de jungle dans les monts des Kachins, sur les contreforts de l’Himalaya. Ces refugies affirmaient qu’a l’interieur d’un cordon militaire un chantier tres special etait mene a un train d’enfer. Chaque jour une longue file de camions y conduisait des milliers de travailleurs venus de tout le Myanmar, et repartaient remplis de pierres et de ballots, de longyi [vetements formes d’une piece cousue en tube qui s’enroule autour de la taille], de sandales, de shorts et de chapeaux de bambou. La jungle birmane, a les croire, retenait prisonniers centaines de milliers de personnes, dont beaucoup etaient malades ou mourants. Ces temoignages nous ont fait penser aux legendaires mines d’Hpakant. L’endroit est mentionne dans les annales imperiales chinoises de la Cite interdite, a Pekin. La, au coeur d’enormes chroniques redigees a l’encre vermillon, nous avons lu que les mandarins de l’empire du Milieu consommaient de la jadeite en poudre venant des mines d’Hpakant, qu’ils la tenaient pour un elixir de vie, et que les concubines l’utilisaient a des fins erotiques. Au XIXe siecle, la jadeite aida a pacifier la region. La dynastie birmane regnante noua en effet plusieurs alliances avec les pays voisins en envoyant des convois d’elephants charges de la precieuse pierre dans les capitales asiatiques, y compris a Pekin, a plus de 4 500 kilometres d’Hpakant. Enfoui dans les archives nationales indiennes de New Delhi, enveloppe dans de fragiles paquets portant la mention “Etranger et secret” et noues de rubans d’un rose fane, un manuscrit nous a revele comment les explorateurs europeens passerent la jungle birmane au peigne fin pour trouver la source de la jadeite. Mais ils revinrent tous bredouilles. En avril 1837, un chirurgien de l’armee britannique, le Dl George Bayfield, de Fort St George (Madras), et un botaniste, le Dr William Griffith, du jardin botanique royal de Kew [a Londres], etaient revenus d’ “un lieu infernal perdu dans la jungle” et avaient laisse une carte dessinee a la main et les coordonnees des mines de jadeite : ‘latitude 25°/26° Nord et 96°/97° Est.’ Mais, une fois rentres a Londres, ils avaient raconte a leurs superieurs que les fameux gisements etaient desormais epuises. Une poignee de mineurs malades les en avait chasses a coups de pierres et de fleches.

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